« Nous avons toujours été du côté de la justice »
C’est ainsi que le Bâtonnier Ibrahim Kaboglu a débuté son
discours lors de l’assemblée générale extraordinaire qui s’est tenue dimanche
23 février, quelques jours avant la première audience visant à sa révocation et
à celle de son conseil de l’Ordre, élus le 20 octobre 2024. Le Bâtonnier
Kaboglu a aussi rappelé « Notre conseil de l’ordre a été élu par la volonté
de l’assemblée générale du barreau d’Istanbul et remplit ses devoirs et
responsabilités conformément à la Constitution, à la démocratie et à la loi »,
L’origine de cette mise en cause est la mort de deux
journalistes turcs en Syrie révélée fin décembre 2024 par la presse. Quelques
jours après, le Conseil de l’Ordre du barreau d’Istanbul demande une enquête
sur leur mort, ce dont le parquet général d’Istanbul lui fait grief l’accusant
de "faire la propagande d'une organisation terroriste" et de
"diffusion publique d'informations trompeuses".
Le Parquet d'Istanbul et le ministère de la Justice ont en
effet engagé contre le Barreau, son Conseil de l'Ordre et le Batonnier
d'Istanbul, une procédure civile de destitution et d'organisation de nouvelles
élections, ainsi qu'une procédure pénale.
A l’issue de l’assemblée générale extraordinaire réunissant
près de 6000 avocats du Barreau d’Istanbul et de nombreux Bâtonniers venus de
toute la Turquie, la plupart des intervenants représentant le Barreau, l’union
des barreaux de Turquie mais aussi des représentants de syndicats et
d’organisation professionnelle, ont dénoncé l’action juridique non seulement
sans fondement mais également inconstitutionnelle, de façon quasi unanime.
Ils ont rappelé que le barreau est tenu de « défendre l’Etat
de droit et de protéger les droits de l’Homme » et qu’aucun propos contraire à
la loi ou à l’Etat n’a été tenu.
De nombreux Bâtonniers européens et des organisations de
défense des avocats sont venus également soutenir, en robe, le bâtonnier et les
membres du Conseil de l’Ordre d’Istanbul.
Marie-Pascale Piot, bâtonnier du Barreau des Hauts-de-Seine,
avait pu rencontrer, avec quelques membres de la délégation, la veille de l’AG,
le Batonnier Kaboglu dans son bureau. Il nous a expliqué en français qu’il
était déterminé à faire face aux attaques, mais inquiet pour l’avenir de la
profession dans son pays.